Remédier au manque de connaissances en matière d’impact dans les stratégies régionales d’aide pour le commerce

29 September 2015

Cet article examine certains avantages des approches régionales visant à réduire les coûts commerciaux et réaliser les objectifs de développement durable. Il met en lumière la nécessité de mieux connaître les impacts en termes de développement de ces stratégies régionales.

En matière de déboursement d’aide pour le commerce, les approches régionales sont devenues les mécanismes préférés de certains des principaux bailleurs de fonds. Les stratégies régionales d’aide pour le commerce, créées par les unités régionales d’intégration économique et appuyées par les agences responsables de l’aide pour le commerce, comprennent invariablement la réduction des coûts des échanges au nombre de leurs objectifs. Après tout, investir dans le renforcement des capacités commerciales et la facilitation des échanges aide à réduire les coûts des affaires pour les entreprises. Après une brève présentation de certains des principaux avantages des stratégies régionales d’aide pour le commerce visant à réduire les coûts des échanges, cet article identifie certaines lacunes importantes en matière de connaissances, qui entravent la réalisation des objectifs de développement durable et inclusif.
 

Avantages

Parmi les principaux avantages des approches régionales d’aide pour le commerce, on trouve ceux liés aux économies d’échelle et d’envergure. Ces approches offrent la capacité de mettre à profit des investissements de grande ampleur dans des infrastructures physiques et d’exploiter les économies d’échelle que permettent les mécanismes de déboursement au niveau régional.

Les formes régionales de déboursement sont souvent considérées comme un vecteur efficace d’investissement dans certaines infrastructures lourdes. Ceci car de tels investissements constituent des biens publics, dont découlent des externalités positives qui peuvent opérer à la manière d’effets de réseau. La valeur des investissements augmentant avec le nombre d’usagers, il peut également y avoir des effets de redistribution d’un point de vue spatial. En raison de ces externalités positives, les investissements régionaux dans les infrastructures sont importants pour les petites économies enclavées et insulaires.

Il est possible que les mécanismes utilisés par les donateurs pour leurs déboursements amènent à la création d’une nouvelle architecture régionale, qui pourrait alors coïncider avec les dispositifs d’intégration régionale en place. Il est important que de telles approches servent à renforcer plutôt qu’à miner les processus d’intégration régionale existants. Naturellement, les approches visant à favoriser l’établissement de corridors régionaux peuvent également aider à réduire les coûts de transaction pour les bailleurs, à travers des économies d’échelle et la mise en commun de ressources restreintes.

Bien que la logique économique qui sous-tend les mécanismes régionaux d’aide pour le commerce visant à réduire les coûts des échanges soit souvent clairement articulée, il existe certaines difficultés conceptuelles, étant donné les forces bien réelles de convergence et de divergence qui découlent de la géographie économique. Il n’y a pas lieu d’éviter ces questions, car elles sont d’une importance particulière au regard des réalités pratiques du déboursement d’aide pour le commerce, y compris au niveau régional.
 

Manque de connaissances

Bien qu’il existe un système relativement complexe d’examen et de suivi des progrès accomplis grâce à l’aide pour le commerce, notamment avec le processus de l’Examen global sous l’égide de l’OMC, le niveau d’aide pour le commerce déboursé jusqu’ici en faveur des pays les moins avancés (PMA) et d’autres petits États est quelque peu décevant. De surcroît, il reste des défis à relever en termes de dissociation des décaissements d’aide pour le commerce de la mise en œuvre des accords commerciaux et des nouveaux coûts d’ajustement relatifs au commerce. Il reste également certains défis bien réels concernant d’élaboration de cadres de suivi et d’évaluation appropriés au niveau national. Ces défis font partie d’un problème beaucoup plus vaste : un manque général de mécanismes de suivi en matière d’évaluation de l’impact du commerce. Dans de nombreux pays en développement, les matrices de comptabilité sociale (MCS) qui sous-tendent les évaluations d’impact du commerce n’existent pas et les indicateurs environnementaux restent faiblement définis. En raison de ces lacunes de connaissances, on peut dire à juste titre que les défis liés à l’évaluation de l’aide pour le commerce rencontré au niveau national peuvent encore s’amplifier au niveau régional. 

Compte tenu du manque d’informations de base adéquates, il n’est pas vraiment surprenant qu’il y ait peu d’approches rigoureuses d’évaluation des déboursements d’aide pour le commerce au niveau régional. On en sait beaucoup moins sur l’efficacité de ces mécanismes de déboursement que sur d’autres formes plus directes, en particulier en vue de la réalisation des objectifs d’une croissance inclusive et durable. À l’heure où les bailleurs de fonds favorisent de plus en plus souvent les approche régionales, au détriment des approches bilatérales traditionnelles, la capacité à évaluer l’efficacité des décaissements d’aide pour le commerce pourrait bien devenir plus difficile. Et les évaluations de l’aide pour le commerce au niveau national sont déjà assez compliquées, en raison des différentes classifications des bailleurs. L’adoption d’approches régionales par les donateurs peut donc affaiblir davantage les liens de responsabilité, à moins que celles-ci soient soigneusement conçues et gérées par les institutions régionales récipiendaires.
 

Solliciter les donateurs

Dans la mise en œuvre de mesures spécifiques, les partenaires du développement utilisent souvent des méthodologies et des normes différentes. Par exemple, en ce qui concerne la facilitation des échanges (un volet de l’aide pour le commerce), si le texte de l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges lie la mise en œuvre à la fourniture d’un soutien adéquat pour ce qui est des mesures prévues au titre de la catégorie C (mise en œuvre subordonnée à la fourniture d’assistance technique et de soutien), il incombe aux pays en développement, et notamment aux petits États, de solliciter et de négocier le soutien requis. Il est évident que cette démarche prend du temps, est coûteuse et peut s’avérer être une procédure fastidieuse en raison du manque de standardisation des procédures des bailleurs. Ceci signifie peut-être qu’une approche régionale pourrait devenir une véritable exigence afin de pouvoir accéder effectivement à des fonds, en particulier pour les petits États ayant des capacités limitées. Une telle approche est manifestement plus facile là où il existe de telles institutions et capacités de gouvernance régionales. 
 

L’importance des capacités de gouvernance

Lors d’un récent examen des problèmes rencontrés par certains des pays les moins avancés (PMA), tels que le Cambodge et le Népal, dans leur tentative d’accéder aux chaînes de valeur globales, notamment en utilisant l’aide pour le commerce, il a été avancé qu’il est financièrement impossible pour le Népal, un pays très pauvres en ressources, de relever simultanément tous les problèmes d’infrastructure relatifs à la production (Keane et  Basnett, 2015). Dans le cas du Cambodge, un changement progressif a pu être remarqué dans l’approche adoptée pour gérer la question du commerce, ainsi que la relation avec les donateurs, car la stratégie visant à simplement répondre aux exigences du secteur privé de manière conciliante avait commencé à atteindre ses limites.

L’existence de mécanismes de dialogue efficaces entre les acteurs du secteur privé au niveau national est souvent considérée comme acquise par les bailleurs de fonds. Toutefois, pour de nombreux PMA, de tels mécanismes en restent à des stades de conception ou d’expérimentation.

Les contraintes limitant la croissance industrielle du Népal et la capacité de ce pays à participer aux chaînes de valeur régionales ne sont pas nouvelles. Elles restent non résolues en raison de l’incapacité à coordonner la formulation et la mise en œuvre des politiques. Il en résulte une mise en œuvre partielle des politiques et une insuffisance des biens publics (Basnett et al. 2014). La nécessité de développer les capacités de gouvernance préalablement à la conception des interventions est évidente dans un tel cas.
 

Prendre en compte les coûts du commerce et les capacités

Le processus de développement économique induit par le commerce n’est pas nécessairement inclusif et doit être géré avec soin. Au fil du temps, les régions ayant un meilleur accès aux marchés internationaux peuvent se différencier d’autres pays ayant un accès plus limité. En se concentrant de manière spécifique sur l’analyse des économies sud-africaines, Moore (2015) constate que les retombées de la croissance résultant de l’amélioration de l’accès aux marchés internationaux ne sont pas totalement inclusives : certaines régions sont invariablement mieux placées que d’autres pour tirer profit des retombées de la croissance. L’amélioration de l’accès aux marchés internationaux peut résulter de la réduction des coûts des échanges eux-mêmes, ainsi que d’un accroissement de la réactivité du commerce aux réductions de coûts.

Bien que certains pays puissent tirer parti de la hausse de la croissance dans les pays voisins, les pays plus éloignés en profitent moins ; ceci résulte simplement d’un accroissement de la demande plus faible et de coûts des échanges élevés. Il en résulte que certaines régions peuvent afficher une certaine convergence, alors que celles qui sont plus éloignées commenceront à diverger, compte tenu de ces effets de retombées en termes spatiaux.

En ce qui concerne spécifiquement les petits États insulaires, Moore (2015) souligne que tant la production que la population sont concentrées autour des aéroports, ce qui confirme selon lui l’importance de l’accès au marché pour le développement d’une zone. Concernant spécifiquement Grenade, les Samoa et les Fidji, il note que si des provinces reculées connaissent actuellement une croissance rapide, ceci reflète essentiellement un processus de rattrapage : tant la densité de la production que celle de la population sont beaucoup plus élevées dans les capitales et dans les provinces dotées d’un aéroport.

Conclusion

Il est reconnu que la tendance globale à la rationalisation des chaînes d’approvisionnement présente de grands défis pour les petits pays et les petites entreprises, qui font face à de sérieuses limitations en termes d’échelle et de pouvoir d’achat (Gereffi et Luo, 2014). Nombre de petits États insulaires étant éloignés des principaux pôles globaux d’activité économique (USA, UE et Asie), il serait peut-être inadéquat de mettre l’accent uniquement sur les coûts du commerce dans le but de stimuler une participation aux chaînes de valeur globales qui favorise la réalisation des objectifs d’une croissance inclusive et durable.

Ceci soulève donc la question de savoir quels sont les coûts du commerce – liés à l’accès au marché international, régional ou national – qui comptent le plus en vue de la réalisation des objectifs de développement inclusif et durable. Manifestement, pour répondre à ces questions, il est primordial de combler le manque de connaissances et d’information au niveau national, et par la suite au niveau régional. Une telle entreprise pourrait bien stimuler les capacités de gouvernance et l’aptitude à poursuivre réellement les objectifs de développement durable et inclusif.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux du Secrétariat du Commonwealth.   

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