Zoom sur les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement

2 June 2015

Les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) se sont achevées, vendredi 29 mai 2015, au terme de cinq intenses journées de travaux, notamment marquées par la célébration du cinquantième anniversaire de l’institution et l’élection d’un nouveau président. Au cours de la semaine, les gouverneurs de la BAD – essentiellement des ministres des Finances et de l’Économie représentant les 54 pays membres régionaux et les 26 pays membres non régionaux de l’institution – ont adopté le rapport annuel de la Banque pour l’année 2014, son programme de travail pour l’année 2015 ainsi qu’un certain nombre d’initiatives. Dans leur communiqué final, ces derniers ont notamment tenus à souligner les accomplissements de la BAD durant les deux mandats de son président sortant, Donald Kaberuka, ainsi que pendant l’année écoulée, et ils se sont réjouis du retour de la Banque à son siège statutaire d’Abidjan.

Ces assemblées ont vu une succession de réunions, de séminaires de haut niveau et de manifestations sur les grands enjeux économiques, mais également sociaux et politiques, auxquels le continent africain fait face dans un contexte global en constante évolution. Toutes ces activités se sont articulées autour du thème général de cette année : « L’Afrique et le nouveau paysage mondial ». Les assemblées ont également permis aux participants de discuter des moyens pour la Banque de réunir de nouveaux fonds, afin de mener à bien sa mission d’amélioration des conditions de vie des populations à travers le continent.

Perspectives économiques en Afrique 2015

Le lundi 25 mai, l’ouverture des assemblées annuelles de la BAD a été marquée par le lancement du rapport Perspectives économiques en Afrique 2015, publié comme chaque année par la BAD, l’OCDE et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le rapport souligne que la croissance des économies africaines devrait atteindre 4.5 pourcent en 2015, alors qu’elle est estimée à 3.9 pourcent pour l’année 2014. Néanmoins, certains facteurs comme la diminution des cours du pétrole et des matières premières, ou les conséquences de l’épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest, pourraient retarder le retour prévu aux niveaux de croissance d’avant 2008. Même durement frappée par Ebola, l’Afrique de l’Ouest affiche une croissance relativement soutenue de 6 pourcent pour l’année 2014. En outre, le commerce entre pays africains progresse mais principalement à l’intérieur des sous-régions, alors que les échanges entre régions restent stables, signe de la faiblesse des chaînes de valeur régionales.

« Les pays africains témoignent d’une grande résilience face à l’adversité économique mondiale », a déclaré Steve Kayizzi-Mugerwa, économiste en chef et vice-président par intérim de la BAD. Le rapport met toutefois aussi en garde contre un trop-plein d’optimisme. Niveaux de pauvreté encore très élevés, répartition inégale des progrès en matière de santé et d’éducation, inégalités persistantes entre les pays, en leur sein, et entre femmes et hommes : les défis sont multiples. De surcroît, ce sont 370 millions de jeunes qui arriveront sur le marché du travail en Afrique subsaharienne dans les 15 prochaines années, d’où la nécessité d’une meilleure création d’emploi.

En particulier, le rapport se penche sur les questions du développement territorial et de l’inclusion spatiale, qui constituent les axes thématiques de cette édition 2015. Comme il le met en exergue, la faiblesse de la productivité et de l’investissement, l’absence d’infrastructures et de réseaux ruraux-urbains ainsi que la pénurie d’emplois hors secteur agricole entravent le développement économique dans de nombreuses zones. Dès lors, pour atténuer ces inégalités spatiales, il sera nécessaire de diversifier les économies rurales et de les relier aux villes, notamment par le biais des chaînes de valeur et des corridors commerciaux.

Des progrès accomplis aux progrès souhaités

Ces assemblées annuelles ont été l’occasion de mettre en lumière l’action de la Banque en faveur de la transformation économique du continent africain. Au-delà de la solidité financière de l’institution, largement saluée par les participants, beaucoup ont souligné les réalisations concrètes de la Banque en matière de développement économique et d’amélioration des niveaux de vie en Afrique. «La BAD est une institution mondiale aux réalisations financières probantes, qui ont amélioré la vie des Africains », a souligné Alassane Ouattara, le président de la Côte d’Ivoire.

Le Président sortant de la BAD, Donald Kaberuka, est en particulier revenu sur les questions de l’amélioration des infrastructures, du développement du secteur privé et de la promotion de l’intégration régionale, qui constituent trois des actions prioritaires définies lors de sa prise de fonction en 2005. Soulignant l’importance cruciale des fonds octroyés par la Banque, il a néanmoins rappelé que ce sont en définitive les politiques qui mettent en place les conditions du développement. « La Banque est, avant tout, une pourvoyeuse de ressources financières. Mais ce n’est pas l’argent qui réalise le développement. Ce sont les politiques, en plus de la capacité d’exécution, qui apportent une plus-value à cet investissement », a-t-il déclaré.

Malgré les résultats positifs découlant des activités de la BAD, beaucoup reste à faire et l’Afrique fait face à de grands défis, qu’il faudra impérativement relever afin de voir une véritable transformation économique se matérialiser. Dans ce contexte, le commerce et l’intégration régionale pourraient s’avérer très importants, car ils constituent des domaines clés dans lesquels des avancées substantielles sont possibles, et souhaitables. En effet, avec ses 54 pays et micromarchés, l’Afrique est tellement fragmentée que l’intégration régionale constitue un impératif. Pourtant, le commerce intra-régional ne constitue pour l’instant que 12 pourcent du commerce africain, comme l’a souligné Charles Boamah, vice-président de la BAD chargé des finances. Ce n’est donc pas un hasard si la BAD mène actuellement divers projet lié au financement et à la facilitation du commerce d’un point de vue régional.

M. Kaberuka a appuyé sur « la nécessité de passer à la vitesse supérieure en matière d’intégration économique du continent », insistant particulièrement sur l’importance cruciale de l’élimination des barrières non-tarifaires. Le président ivoirien, Alassane Ouattara, a quant à lui également insisté sur l’importance de l’intégration régionale. « Le monde autour de nous s’organise, les pays se regroupent entre eux afin de conforter leurs échanges sous régionaux. L’Afrique ne doit pas être en reste. Nous devons faciliter nos échanges en réduisant les barrières administratives au commerce et bâtir un plan stratégique de développement routier » a-t-il souligné. Le rôle que peut jouer le commerce, et en particulier le commerce intra-africain, dans le renforcement des financements nationaux, a également été souligné par certains.

Nouveau président

Cette semaine d’assemblées annuelles a également été marquée par l’élection du nouveau président de la BAD, à savoir le Nigérian Akinwumi Adesina, qui prendra ses fonctions le 1er septembre. À l’annonce du résultat, ce dernier s’est déclaré « très ému », ajoutant qu’il était conscient de la grande responsabilité qui lui a été confiée. Il a été élu au 6e tour de scrutin par plus de 58 pourcent des suffrages, devançant le Tchadien Bedoumra Kordje (près de 32 pourcent), qui était soutenu par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Comme certains observateurs l’ont souligné, cette élection marque une rupture : celle d’une règle tacite qui voulait que le président de la BAD soit issu de petits ou moyens pays.

Ministre actuel de l’Agriculture et du Développement rural de la République fédérale du Nigeria, Akinwumi Adesina avait été élu comme personnalité africaine de l’année 2013 par le magazine Forbes, en raison des réformes qu’il a conduites dans le secteur agricole. Il succède Donald Kaberuka, qui quitte la tête de la BAD après deux mandats de cinq ans, et à qui il a rendu un hommage appuyé : « Je salue l’excellent travail du président Kaberuka et c’est un défi que de lui succéder. Il laisse derrière lui une Banque solide ». Il s’est également promis de faire fructifier la contribution de M. Kaveruka en reprenant à son compte sa vision d’un continent économiquement intégré et prospère.

 

Rapport ICTSD.

Crédit photo: Clara Sanchiz, "The BAD boys"
Licence: Attribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)

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