Eliminer la faim dans le monde, au-delà des beaux principes

1 October 2015

Alors que les dirigeants mondiaux ont adopté la semaine passée un nouveau programme ambitieux sur le développement durable, ils ont l’opportunité de démontrer le sérieux de leur promesse d’éliminer la faim en rendant le commerce mondial plus équitable pour les générations actuelles et futures.

En effet, l’un des points forts des nouveaux «Objectifs de développement durable» que les gouvernements ont adopté dans le cadre des Nations unies à New York, prévoit d’éradiquer la faim et de la malnutrition d’ici 2030. Ces mêmes gouvernements devront néanmoins agir rapidement pour transformer ces promesses en actions, et ceci notamment dans le cadre très controversé des règles du commerce international.

Selon la déclaration, l’élimination de la faim doit s’inscrire dans un programme intégré visant à faire avancer la paix, la justice et l’équité dans le monde. Elle précise également que le commerce est un des moyens pour réaliser ces objectifs, et non une fin en soi. Dans le même temps, d’autres engagements pris sur des sujets tels que les subventions aux énergies fossiles, les systèmes de protection sociale ou l’emploi auront probablement des répercussions importantes sur le marché de produits agricoles et alimentaires, et sur les règles internationales qui les régissent.

Les nouveaux objectifs reconnaissent l’importance cruciale d’améliorer la viabilité des systèmes de production alimentaires, en renforçant notamment la capacité des pays à s’adapter au changement climatique. Alors que les événements climatiques extrêmes tels que les sécheresses ou les inondations affectent de plus en plus fréquemment la production alimentaire, les règles du commerce international accordent toujours aux principaux pays exportateurs une liberté considérable d’interdire ou de taxer l’exportation de ces produits, exposant les consommateurs pauvres des pays importateurs a des flambées de prix sur les marchés mondiaux.

À l’heure actuelle, près de 800 millions de personnes souffrent de malnutrition chronique et un grand nombre d’entre elles vivent dans les zones rurales. Comme les gouvernements le reconnaissent eux-mêmes, le système commercial mondial pourrait être amélioré pour permettre aux gouvernements d’améliorer la productivité agricole et les revenus ruraux en facilitant l’accès aux marchés et en permettant aux populations d’ajouter plus de valeur à leur production agricole tout en créant des emplois décents.

Les agriculteurs des pays pauvres se heurtent non seulement à un manque d’investissement chronique dans l’agriculture, mais également à la concurrence sévère de produits agricoles subventionnés dans les pays les plus riches. En plus d’être inéquitables, ces subventions encouragent et entretiennent des modes de production et de consommation non durables, un problème que les nouveaux objectifs cherchent notamment à combattre.

Des barrières telles que les droits de douane continuent d’empêcher des agriculteurs par ailleurs concurrentiels dans les pays pauvres, d’accéder à d’autres marchés, notamment en ce qui concerne les produits transformés. Les négociations du Cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce, qui durent depuis plusieurs années, cherchent à réduire ces barrières, mais se heurtent à la résistance de gouvernements réticents à réduire la protection de produits jugés «sensibles» tels que le bœuf, le riz ou le sucre.

Un autre problème important est le fait que les règles internationales du commerce des produits agricoles n’ont pas été révisées depuis plus de vingt ans, alors que dans le même temps, les accords bilatéraux et régionaux se sont multipliés dans le monde. Pendant que les grandes économies se dépêchent de mettre en place des accords préférentiels avec leurs partenaires commerciaux, beaucoup de pays parmi les plus affectés par la pauvreté et l’insécurité alimentaires restent sur la touche.

Les gouvernements devront consacrer des ressources financières importantes à la réalisation d’un grand nombre des objectifs de développement durable. À cet égard, l’amélioration des règles du commerce permettrait de générer des ressources et créer des emplois sans que les gouvernements, souvent à court d’argent, doivent dépenser des sommes considérables.

Les ministres du commerce auront l’occasion de faire des progrès sur ces règles internationales lorsqu’ils se réuniront à Nairobi au mois de décembre, pour la première conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce organisée en Afrique. À l’heure qu’il est, l’ambition courageuse des objectifs de développement durable contraste fortement avec les efforts déployés par les négociateurs pour réduire sans cesse le niveau d’ambition des pourparlers sur les échanges internationaux.

Le G20 rassemblant les principales économies mondiales pourrait envoyer un signal fort lors de sa réunion des ministres du commerce à Istanbul le 5 octobre, en précisant la manière dont la conférence ministérielle de Nairobi pourra contribuer à l’avancée du mandat de Doha en vue d’une réforme des règles du commerce international des produits agricoles. Cela représenterait un pas en avant important pour s’assurer que les gouvernements mettent en place une base durable en vue de la réalisation des nouveaux objectifs des Nations unies dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture, et œuvrent dans le sens de la vision transformative du programme de développement durable.

Jonathan Hepburn est Agriculture Programme Manager et Christophe Bellmann est Senior Resident Research Associate au International Centre for Trade and Sustainable Development,Genève.

Article originally featured in Le Temps.